Depuis quelques années, on voit paraître des publications sur des individus qu’on appelle les « toxic handlers », ce qu’on pourrait traduire en français par les « bienveilleurs ». Ces observations portent souvent sur des salariés en entreprise qui se montrent régulièrement bienveillants avec leurs collègues, qui vont vers celles et ceux qui ont du mal au boulot, déminent les souffrances liées au travail.

De manière naturelle, ces personnes réconfortent, aident et dispensent de la bienveillance autour d’elles, chaque jour, à petites doses, de manière discrète, sans se mettre en avant, et souvent sans même en parler, tant cela leur paraît normal, tant cela fait partie de leur manière d’être, de leur vision du monde. Cela rejoint la « banalité du bien » dont parle souvent Matthieu [Ricard]. Ces gens sont souvent invisibles, jamais reconnus pour le rôle qu’ils jouent en tant que dispensateurs de bienveillance, parce qu’ils ne le font pas pour se mettre en avant ni parce que c’est leur métier, mais juste parce que c’est leur nature et qu’ils considèrent cela comme normal.

Quand on comprend ce concept et qu’on regarde autour de soi, on constate qu’il y a beaucoup de bienveilleurs, et que s’ils disparaissaient, les groupes sur lesquels ils « veillent » se casseraient la figure. C’est ce qui se passe quand, dans une famille, un bienveilleur meurt : tout à coup, la cohésion s’effrite, tout le monde se dispute. La mort de mon grand-père, auquel j’étais très attaché et qui m’a transmis beaucoup de ses valeurs, a provoqué dans notre famille une espèce de catastrophe écologique sur le plan relationnel et émotionnel : des conflits sont rapidement apparus, qui n’ont plus guère cessé ensuite… De même, dans un service hospitalier où je travaillais autrefois, une infirmière de l’accueil était partie à la retraite, et son absence s’était nettement sentie dans l’ambiance de travail, parce que c’était une grande dispensatrice de bienveillance. Le genre de personne qui, chaque fois que quelqu’un se plaignait à elle, essayait de pousser à arrondir les angles, au lieu de souffler sur les braises.

Source: Christophe André, in: Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard, A nous la liberté, Ed. de l’Iconoclaste, 2019

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